Dans le cyberspace, plein de gens peuvent vous entendre crier.

mardi, juin 05, 2007

Du risque de se taire :

1 - Garder le contrôle du Liban :

Quand ils ont menacé Hariri et les députés libanais, je n'ai rien dit.
Quand ils ont prolongé illégalement le mandat de Lahoud, je n'ai rien dit.
Quand ils ont tenté de tuer Hamadeh, je n'ai rien dit.
Quand ils ont tenté d'empêcher la tenue des législatives, je n'ai rien dit.

2 - Tuer le Liban :

Quand ils ont tué Rafik et Bassil, je n'ai rien dit.
Quand ils ont tué Samir et Georges, je n'ai rien dit.
Quand ils ont mis des bombes dans les zones chrétiennes, je n'ai rien dit.
Quand ils ont essayé de tuer Elias et May, je n'ai rien dit.
Quand ils ont quitté le gouvernement une première fois, je n'ai rien dit.
Quand ils ont tué Gibran, je n'ai rien dit.

3 - Détruire le Liban :

Quand ils ont déclaré la guerre à Israël sans en parler à personne, je n'ai rien dit.
Quand ils ont laissé 1200 libanais se faire massacrer, je n'ai rien dit.
Quand ils ont négocié avec Israël pendant que nous mourrions, je n'ai rien dit.
Quand ils ont quitté un deuxième fois le gouvernement, je n'ai rien dit.
Quand ils ont tué Pierre, je n'ai rien dit.

4 - Semer le trouble entre libanais :

Quand ils ont envahi le centre ville, je n'ai rien dit.
Quand ils ont fait "grêve" en brûlant des pneus et en empêchant les gens de circuler, je n'ai rien dit.
Quand ils ont essayé de provoquer une guerre civile, je n'ai rien dit.
Quand ils ont fait sauter les bus à Ain Alak, je n'ai rien dit.

5 - Détruire l'état libanais :

Quand ils ont fermé le parlement, je n'ai rien dit.
Quand ils ont donné l'ordre à leurs sbires de mettre au travail les salafistes, je n'ai rien dit.
Quand ils ont installé à Beyrouth des cellules terroristes, je n'ai rien dit.
Quand ils ont visé l'ABC, Verdun et Aley, je n'ai rien dit.
Quand ils ont mis le feu aux camps palestiniens, je n'ai rien dit.

Et quand ils sont venus me chercher, il n'y avait plus personne pour dire quelque chose...

Libellés :

L'été s'ra chaud, l'été s'ra chaud !

Juste un petit message pour vous donner quelques explications sur ce qui se passe ici. La situation est compliquée et les raccourcis des télés, journaux et radios que vous écoutez habituellement ne sont pas du tout en phase avec ce qui se passe régulièrement.

Comme vous le savez, le Liban s'est débarrassé de la tutelle militaire et politique de la Syrie, suite à l'assassinat de Hariri. Mais ce pays "frère" conserve au Liban de nombreux alliés et un réseau très dense de "services", divisés entre partis politiques, personnalités, groupuscules soi-disant islamistes et bandes criminelles. Ces réseaux obéissent aux ordres de Damas, par l'intermédiaire de seconds bureaux, dirigés par des proches de Bashar Assaad et de sa famille. Ce sont ces réseaux qui sont soupçonnés par la justice internationale (Enquête Brammetz) d'avoir tué Hariri et d'avoir également perpétré les 15 attentats au Liban depuis 2005.

Parmi les soutiens dont dispose la Syrie au Liban, il y a plusieurs groupuscules armés, dirigés depuis la Syrie, comme les groupes FPLP-CG de Ahmad Jibril, le Jund El Chams et le Fatah - Intifada. Ces groupes se réclament de la résistance palestinienne, mais agissent selon les intérêts syriens. Ils sont admis dans les camps palestiniens au Liban, car le Liban n'y a aucune autorité. Ni la police, ni l'armée n'a le droit, depuis un accord de 1969, de pénétrer les camps. Les organisations palestiniennes (Fatah et Hamas) ne reconnaissent pas ses groupes, avec qui ils se battent fréquemment pour le contrôle des camps. Ces groupes recrutent principalement dans les prisons syriennes et dans les mouvances proches de Al-Qaïda. Les combattants de ses groupes sont donc des islamistes salafistes pour la plupart, provenant de différents pays musulmans (Yémen, Bangladesh, etc..) et sont persuadés de participer au Jihad. Mais les missions qui leurs sont confiées n'ont rien à voir avec le Jihad, mais bien avec la défense des intérêts politiques et mafieux de la Syrie (braquages de banques, attentats, explosions et assassinats ciblés). En clair, ils sont manipulés.

A ce propos, il ne faut pas confondre ses groupes avec les vrais groupes de Al-Qaïda qui sont au Liban, comme ceux qui ont affronté l'armée il y a 5 ans à Deniyeh dans le nord ou ceux de Majdel Anjar. Ceux-là sont de vrais islamistes salafistes, mais libanais.

La Syrie, tout le monde le sait, souhaite empêcher la venue du tribunal de l'ONU chargé de juger les coupables des attentats faits au Liban depuis celui de Hariri. Elle a tenté tout d'abord de tuer journalistes et hommes politiques influents, elle a ensuite provoqué une scission au gouvernement en retirant les ministres qui lui sont fidèles. Elle a ensuite demandé à Hezbollah, son fidèle allié, de déclencher une guerre avec Israël pour détruire le Liban à la veille d'une saison touristique qui s'annonçait superbe. Suite à la guerre, elle a lancé une campagne de dénigrement du gouvernement pro-occidental et souverainiste, en stigmatisant une forme de collaboration avec Israël à travers le respect des résolutions de l'ONU (car ici, USA = Israël = ONU). Les ministres pro-syrien ont ensuite démissionné la veille du vote de la demande de création du tribunal par le gouvernement, puis ils ont lancé des émeutes violentes dans Beyrouth, en installant un sit-in en plein centre-ville. Ils ont ensuite tenté de provoquer des dissensions politiques autour de la lutte pour la présidence...

Jusqu'au premier attentant meurtrier depuis longtemps, les 2 bus de Ain Alak. C'est alors que les médias ont commencé à parler de Fatah Al Islam. Durant la guerre de juillet, de nombreuses personnes politiques en plus de l'ONU, ont alerté les autorités que des armes lourdes et des combattants provenant de Syrie entraient illégalement au Liban et se cachaient dans les camps palestiniens. La Syrie a fermé les yeux, tout en empêchant l'installation à sa frontière d'observateurs de l'ONU, demande pourtant officielle du gouvernement libanais. Les armes ont continué à entrer avec des combattants, et Fatah Al Islam a été montré à la télé, pointé du doigt pour l'attentat des 2 bus. Les responsables de ce groupe se disent des salafistes proches d'Al Qaïda, mais leur chef opérationnel est un des anciens colonels des services d'espionnage syrien. Le fait qu'ils se revendiquent d'Al Qaïda permet aux pro-syriens de dire qu'il s'agit d'un groupe sunnite (et non pas chiite comme le Hezbollah) et qu'il est soutenu par l'Arabie saoudite et non pas par la Syrie, qui est laïque et dirigée par des alaouites. En plus, ce groupe étant palestinien de par son appellation Fatah, il provoque confusion et accusations dans tous les sens. Ce groupe n'est donc ni palestinien, ni islamiste.

La semaine dernière, 3 banques ont été attaquées dans le nord et la police libanaise a retrouvé la trace des voleurs, membres de Fatah Al Islam, dans un appart à Tripoli. Après une intervention musclée, les coupables ont commencé à tirer sur la police et l'armée, et des renforts du groupe sont arrivés du camp de Nahr El Bared d'où viennent les Fatah Al Islam. Les combats ont dégénéré. Ils ont massacré des soldats libanais dans un poste de surveillance et attaqué à la mitrailleuse des jeeps de l'armée dans des embuscades sur la route principale de Tripoli.

Aujourd'hui, les Fatah Al Islam sont retranchés dans le camp de Nahr El Bared et utilisent la population comme bouclier humain. L'armée, qui ne peut entrer dans le camp, bombarde de loin, d'où les cris de vierges effarouchées des médias européens, qui voient mourir des civils. Il est très difficile pour l'armée de distinguer combattants et civils et le camp de NEB est très peuplé et très dense.

Donc, pour finir avec cette histoire : il ne s'agit en aucun cas d'un génocide de pauvres petits civils palestiniens par la vilaine armée libanaise et ses obus tirés à l'aveugle. Ce sont les Fatah Al Islam, qui tuent tous les civils qui essayent de s'enfuir du camp. Les médias occidentaux semblent accuser le Liban, qui ferait comme Israël. Mais comme en Israël, ces combattants palestiniens sont aussi responsables des attentats qui secouent Beyrouth depuis dimanche et qui terrorisent la population (en visant 2 centres commerciaux de Beyrouth, l'ABC et le Dunes). Il ne s'agit pas d'enfants de coeur qui luttent pour Al Qods, mais bien de terroristes criminels qui ont attaqué l'armée libanaise et qui profitent de leur retranchement dans un camp de civils.

Voilà, je devais faire court pour que ce soit clair. C'est raté.

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mercredi, août 16, 2006

Chronique ordinaire 13

Chronique 13

13, ça porte bonheur… En plus, c’est fête aujourd’hui, deux bonnes raisons de croire à ce drôle de cessez-le-feu qui dure depuis maintenant 30 heures. Les combats auront peut-être repris le temps que vous receviez ce message, mais pour l’instant, ça tient le coup. C’est d’ailleurs assez curieux la guerre. Dimanche soir, l’enfer s’est abattu sur le Liban et lundi matin, 8h, plus rien, Nescafé, tartines pour tout le monde et c’est fini… Quand je vous dis l’enfer, c’était vraiment l’enfer. Nous habitons à au moins 20km à vol d’oiseau de Beyrouth et je peux vous dire que le bruit des bombardements sur la banlieue sud, jusqu’à 2h du mat’ m’ont vraiment empêché de dormir. Je ne sais pas s’il s’agissait vraiment des bombes ou du survol incessant des avions… mais le bruit était assourdissant, comme une vibration immense, qui dure des heures, sourde et monotone. A moins que mon insomnie soit due à autre chose : vers 10h du soir, les hébreux ont bombardé une usine de chocolat et de bonbons, Gandhour (tu sais, Gilles, les gaufrettes adorées de Eva). Or cette usine est à maximum 600m de notre maison. Des bombes sont aussi tombées très près de la maison de mes beaux parents… A tel point que ses 2 frères qui sont encore là-bas, sont allés se terrer et dormir dans l’abri sous l’hôpital Sainte Thérèse à côté de chez eux. En fait, c’est un sentiment assez bizarre, tu vois les images à la télé des bombardements les plus violents sur un quartier civil d’une ville normale depuis la seconde guerre mondiale et l’immeuble au premier plan, c’est ta maison. Du coup, je me suis mis à imaginer plein de trucs, surtout qu’un ami a appelé pour nous dire que des jeeps du Hezbollah passaient sans arrêt devant notre maison… Gulp… En fait, quand les militaires israéliens se retrouvent autour d’une table pour discuter d’un bombardement, ils ne pensent pas à tout, vraiment… En fait, quand ta maison est bombardée, au-delà des victimes civiles, c’est aussi des vies entières qui sont démolies, des souvenirs, des papiers, des objets précieux, plein de trucs auxquels on ne fait pas tellement attention dans la journée, mais qui prennent une valeur sentimentale ave le temps. Et quand une bombe idiote, un tube de fer avec de la poudre dedans tombe dans ton salon, ce sont ces choses qui disparaissent… C’est d’une violence sans bornes, en fait. J’y ai beaucoup pensé pendant cette nuit de dimanche à lundi, à toutes ces choses détruites, dans les vies des autres. Et je me suis aussi demandé : pourquoi a-t-on toujours besoin de passer par la violence pour régler les problèmes ? Il y a 10000 réponses faciles à ça, mais j’ai surtout repensé au livre de Fisk, Pity the Nation, où il raconte l’histoire de ces juifs qui ont survécu à l’holocauste et tente d’expliquer les raisons de leur haine des palestiniens. Et qui pensent que personne n’a vraiment été puni pour les crimes que les juifs ont subis. Avec l’idée que la punition est un phénomène nécessaire, un peu comme quand je tape sur les doigts de Rami quand il tague le salon de ma belle-mère avec un feutre gros comme sa main. Et je crois qu’Israël est un pays qui distribue des punitions, des punitions collectives, comme pour se défouler de sa propre peur et exorciser sa propre histoire. Sauf que les responsables de l’holocauste ont disparu et que toute cette frustration se déchaîne contre les arabes, qui à part défendre le territoire qui leur a été pris, n’ont rien à voir avec la solution finale. Le terrorisme arabe n’est qu’une réponse de pauvres à une punition collective. Voilà le terme auquel je pense quand je vois les bombardements de Beyrouth : punition collective. Mais aussi je pense à Pogrom, à génocide. On tue des gens, on détruit leurs vies, simplement parce qu’ils ne sont pas du bon côté de la barrière. Ils paient parce qu’ils sont faibles et pauvres et qu’ils n’ont pas d’amis (ou plutôt, dans ce cas, leurs amis sont des lâches). Ils paient parce qu’ils ne coûtent pas cher. Israël, cela ne lui coûte rien de détruire un quartier entier de Beyrouth. L’ONU ne va pas condamner, les télés vont montrer que Haïfa aussi reçoit des roquettes (vous imaginez : placer sur le même pied d’égalité 25 tonnes de bombes guidées au laser lâchées en pleine nuit par des bombardiers sur un quartier surpeuplé et une roquette tirée au pif sur un trottoir par un pick-up planqué dans des oliviers ?), Spielberg ne va pas en faire un film, même pas besoin de reconstruire, voire même de se sentir coupable : ces gens, ce sont tous des terroristes. Moi, ces gens, je vis avec, ce sont des étudiants, des épiciers, des femmes, des petits enfants qui jouent au foot et se mettent des coups de boule pour faire comme Zidane, des glandeurs en mobylette, des chauffeurs de taxi, des gens quoi, pas plus ou moins pires que ceux d’une banlieue lyonnaise ou berlinoise. Des gens armés ? Des assassins d’enfants juifs ? Mouais…
Aujourd’hui, c’est la fête de Marie, la Muddha d’un pauvre type barbu mais juif, qui a fini par se faire crucifier parce qu’il a justement voulu apprendre à son peuple qu’il vaut mieux éviter de se hacher la tête avec des piques en fer ou des katiouchas parce que sinon, on va tous brûler en enfer. J’espère qu’il a raison et que tout ceux qui ont balancé quelque chose sur quelqu’un depuis le 12 juillet vont brûler comme des poulets sur la broche pendant l’éternité. Et comme disait un juif célèbre pour autre chose que des massacres, l’éternité, c’est long, surtout vers la fin.
Un truc drôle, hier : la tradition ici, la veille de la fête de Marie, c’est de balancer des pétards et de faire décoller des petits feux d’artifice. Les israéliens ont du voir toutes ces petites katiouchas en carton, rouges, vertes et blanches, partir des 4 coins du pays, sur leurs écrans satellites. Un peu comme si le pays entier leur pétait à la figure… une insulte à leurs crimes, à leur folie meurtrière, à leur sentiment de supériorité universelle. 1 million de gens qui allument des feux d’artifice pour fêter, à 12h d’un cessez-le-feu. Trop forts les libanais.
Autre truc sympa : hier, avec l’arrêt des combats, des centaines de milliers de gens se sont jetés sur ce qu’il reste de route pour rentrer chez eux, le coffre plein d’aide humanitaire et 10 matelas sur le toit (« on sait jamais, s’il faut ouvrir une épicerie pour les casques bleus qui vont venir »). Immense retour de vacances, sans bison futé pour aider. Pas d’itinéraire secondaire, ni de délestage installé. Les hébreux n’en croyaient pas leurs yeux !!! Malades, ces libanais ? Non, entraînés ! Champion du monde des guerres ! Mon beau père (né en 36), me disait hier : ma vie, c’est la guerre depuis 1948. Guerres avec Israël, guerres civiles, invasions, occupations, 48, 58, 67, 73, 75, 78, 82, 90, 00, 06, etc. Hier, à la télé, un journaliste de la BBC interviewait un ancien du Mossad : le gars lui dit : de cette guerre ratée, nous allons tirer des enseignements… et nous ne referons pas les mêmes erreurs la prochaine fois !
J’espère que mon beau-père ne la manquera pas non plus, celle-là !

Bises

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samedi, août 12, 2006

Chronique ordinaire N.12

Chronique 12

Ce samedi matin, c’était un peu comme Noël, ici. Ma femme s’est réveillée à 7h moins quart, puis a couru en dehors de la chambre en direction de la petite radio orange à pile de ma belle mère (non, il n’y a pas d’électricité). Et le cadeau était là : une résolution de l’ONU, toute chaude encore, votée cette nuit par les 15 pays du Conseil de sécurité. Ok, ce n’est pas encore grand-chose, mais c’est le premier signe positif depuis 1 mois maintenant. Un signe de paix, un signe de dehors, un bras tordu aux américains par leurs amis français… Reste maintenant à ce que les belligérants acceptent : Hezbollah devrait accepter aujourd’hui à travers la voix de ses représentants au sein du gouvernement libanais, Israël devrait prendre son temps (c’est Shabbat aujourd’hui) et décider demain de respecter enfin une résolution de l’ONU… Ensuite, on devrait avoir une cessation des combats sur le sol, puis le déploiement des renforts de l’UNIFIL et de l’armée libanaise à la place des conquérants davidoétoilés. On espère qu’ils vont commencer à réparer l’aéroport, pour qu’on puisse enfin prendre l’air, dans tous les sens du terme !!! Les vacances finissent dans 15 jours !

Et quelles vacances : vivre à 14 dans une maison (grande, je l’avoue), ne pas sortir, si ce n’est pour aller acheter des trucs à bouffer, regarder la télé ou jouer à la PS2 quand il y a de l’électricité, manger et le truc pire que tout : s’ennuyer. Cela fait 30 ans que je ne me suis pas ennuyé pendant des vacances !!! Imaginez : hier j’ai acheté un cahier de mots fléchés !!! Ma grand-mère serait fière de moi !! Et aujourd’hui, j’ai reproduit au crayon de couleurs 2 pleines pages de Tintin, respectivement la base de lancement de la fusée dans Objectif Lune (j’vous dit pas la casse-tête pour les échafaudages) et l’hydravion dans le Crabe au pinces d’Or. Ca occupe, c’est la guerre. Ma femme fait des Sudoku (vous savez que Sudoku, en chinois, ça veut dire : transpire des fesses ?) et mon fils devient super pro à Gran Turismo. Vraiment des vacances de merde.

Mais bon, un peu d’espoir, un billet d’avion virtuel et le « mariage » d’Uli en point de mire, frontière tchèque, le 26 août.

Mais de quoi parle-je ? De vacances, alors que mon pays d’adoption compte ses morts et ses blessés ? Ben, à chacun sa guerre, hein. Nous, on n’a rien demandé… et on ne nous a pas demandé notre avis. Vous savez, cette bataille elle me fait penser à un match de foot, une finale de Coupe : généralement un match nul, peu spectaculaire et un résultat qui ne satisfait personne. Reste les prolongations : la diplomatie, et puis avec un peu de chance, les penaltys à Noël. En espérant que Syrie et Iran resteront sur la touche jusqu’à la fin du match… Les bons joueurs ? Bien sûr, Monsieur Siniora, notre super premier ministre improvisé Prix Nobel de la Paix-Wannabe. Un vrai homme politique, comme chez les blancs : moderne, modéré, modérateur et humain, affreusement humain, pour un politicien arabe. Nous sommes généralement plus habitués aux fanfarons militaires, titulaires de diplômes en dictature policière, porteurs de toutes les valeurs de l’intégrisme qu’il soit nationaliste ou religieux. Nous en avons deux exemplaires soignés ici : Lahoud, le marin et Aoun le marrant. Deux carrières militaires opposées, l’un qui s’enfuit en 90 après avoir lancé le pays dans une cruelle guerre civile entre chrétiens, l’autre qui profite du vide créé par l’occupation (!!) pour devenir cireur de pompes syriennes en chef. Et ces deux défenseurs de la cause militaire arabe sont aujourd’hui alliés contre notre beau gouvernement de M. Siniora. Normal, Siniora, c’est la démocratie, la modernité, la justice et le respect des lois internationales. C’est aussi la recherche de l’entente, entre les gens et non pas entre les partis. C’est aussi la première tentative de donner au Liban une respectabilité, voire même une existence politique crédible aux yeux du monde. Aoun avait fait une entente avec le Hezb, il s’en est beaucoup vanté. Personnellement, je pense qu’il aurait mieux fait de faire une entente avec les chiites. Et les autres libanais… Que reste t-il de son entente, maintenant ? Il s’est allié avec le diable, contre nature, mais le diable est presque mort (mais sa queue bouge encore…). Aujourd’hui Aoun dit que s’il avait été nommé président l’an dernier, il aurait fait ci et ça et qu’il aurait en tout cas fait mieux. Un journaliste télé lui a répondu : je préfère un politicien qui fait peu, mais qui fait, plutôt qu’un militaire qui ne fait que parler… et critiquer.

Bon, tout ça, ce sont des affaires internes. Mais je souhaite vraiment que les libanais retiennent la leçon. C’est quand le peuple est uni que les choses se font. Trop souvent, dans ce pays, les gens abdiquent devant leurs leaders. Lors des manifs de 2005, j’avais préparé un panneau avec la phrase de Goldmann : If the people lead, the leaders will follow….

Donc voilà, comme je vous l’avais promis, cette chronique commence par cette résolution de l’ONU, pour un cessez-le-feu unilatéral. Elle finit en espérant que les libanais aussi prendront de bonnes résolutions, qu’ils se feront confiance et qu’ils arrêteront de se regarder à travers le prisme vicieux des religions. Mais là, faut pas rêver…

Allez, c’est fini cette chronique pleine d’espoir. Il me reste encore 56 mots fléchés avant la fin de la guerre…

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lundi, août 07, 2006

Chronique ordinaire N.11

11

Bon, cette semaine, il semble que tout va se décider. Soit on arrête les conneries et on commence à penser à sortir de cette guerre de débiles mentaux, soit c’est parti pour six mois de carnages, à la vitesse où vont les choses. Les français et les américains se sont mis d’accord sur un accord, sans être franchement d’accord. Le problème, c’est que ni les libanais, ni les israéliens ne semblent eux non plus d’accord avec l’accord. Comme disent les journalistes, cet accord est une concession au désaccord. Les libanais veulent leur droit, les israéliens veulent leur sécurité, mais personne ne se fait confiance. Les syriens et les iraniens, dont les peuples et les armées regardent leur guerre à la télévision veulent eux aussi gagner quelque chose. Alors finalement, on ne fait pas la paix, car la paix, c’est la pire des solutions pour tout le monde : sauf le peuple libanais… Et aujourd’hui, je regardais le premier ministre, la voix pleine de sanglots, les yeux trempés, demander le soutien des représentants à la conférence extraordinaire de la Ligue arabe, alors que son peuple paie le prix de la couardise de tous ces pays. La plupart d’entre eux soutiennent la résistance islamique, voire la financent et la plupart d’entre eux ont des accords de paix avec Israël, y compris des ambassades ou des accords commerciaux ! Quelle grosse bande de faux culs, ces arabes… Tous les représentants ont regardé le PM Siniora plonger en larmes dans son mouchoir, avec à la fois de la compassion et sûrement beaucoup de joie de ne pas être à sa place… Je me console en me disant qu’ils se donneront bonne conscience en sortant leur chéquier pour faire reconstruire le pays dans lequel ils passent leurs vacances.

Donc on attend ici le vote de la résolution de l’ONU, sans trop d’espoir. J’ai aussi l’impression que cette résolution est comme un gros Panadol que se donnent les membres du Conseil de sécurité. Ils se sont entendus, ils ont proposé et ce sont les belligérants qui auront refusé. Encore une histoire de bonne conscience. Je repensais l’autre jour aux accords de Dayton qui ont mis fin à la guerre de Bosnie. Une force internationale, pour faire appliquer un accord politique. Voilà le modèle… L’inverse, c’est le Kosovo. Des soldats, des UN, mais toujours pas d’accord politique. Et une province transformée en plaque tournante de la mafia… et quelques accrochages de temps en temps. Surtout ce qu’il ne faut pas faire ici. Le problème doit être réglé une bonne fois pour toute. Sinon, ça ne finira jamais…

La situation ici est maintenant très chaotique… Le manque d’essence commence à vraiment devenir gênant. Les rayons des supermarchés deviennent de plus en plus légers et la plupart des produits étrangers disparaissent l’un après l’autre. Les rumeurs les plus folles circulent : aujourd’hui, on dit que les 4x4 sont visés par les israéliens et que toutes les voitures aux vitres fumées (une culture, ici) seront détruites par l’aviation. Des messages passent à la télé pour donner des conseils aux gens déplacés (presque 1 million) pour rester propre et éviter les infections diverses. Des gens disent même que la peste est réapparue au Sud, mais je n’y crois pas.

Par contre, ce matin, je suis allé au Satellity avec les enfants. Des amies ont un appartement là-bas et il y a une grande piscine. J’ai fait un petit calcul : il y 30 apparts par blocs et il y a au moins 30 blocs : 900 apparts, avec en moyenne 4 personnes dedans. Environ 3500 personnes, qui vivent en toute quiétude, à 1200 m d’altitude, avec leur propre électricité, leur propre supermarché, et leurs servantes philippines. Les tantes boivent le café au bord de la piscine, les enfants tout bronzés se bombardent au fusil à eau et les demoiselles en bikini font des ronds de jambe dans l’eau. Le bonheur, la quiétude, la douceur de vivre à 40km de la mort et des bombes. C’est fou.

Cette nuit, j’ai rêvé que j’étais en vacances, en Europe. C’était très réel comme rêve, je me souviens de tout. J’espère que c’était prémonitoire…

En tout cas, on se prépare à passer un second mois de guerre. Mais faudrait pas que cela tarde, car l’hiver n’est pas sympathique au Liban et avec 1 million de gens dehors, je ne sais pas ce qu’il va se passer. De plus, la plupart des réfugiés sont dans des écoles, ce qui risque de compromettre la rentrée scolaire. Ce qui est vraiment fou, c’est que les victimes de cette guerre sont principalement les supporters des partis chiites, Hezbollah et Amal. Or, tous ces gens vont se jeter dans les bras de ces organisations politiques pour soigner leurs bobos. C’est curieux. C’est comme un cercle vicieux : les gens sont pauvres, ils sont récupérés par des mouvements religieux intégristes, qui les maintiennent dans la pauvreté, les éduquent au martyr et à la frustration, s’en servent dans les conflits militaires pour finalement les récupérer encore plus pauvres et frustrés lorsque le conflit est terminé… Vraiment curieux.

J’espère que ma prochaine chronique portera sur le cessez-le-feu décidé cette semaine. En attendant, chaque jour amène son lot de massacres et de victimes innocentes. 2 carnages aujourd’hui… et sûrement plein de soldats tués des deux bords. Moi je crois que les israéliens vont lâcher à l’ONU, car ils n’ont qu’une peur : les fameux Zalzal, ces missiles qui peuvent toucher Tel Aviv. Un seul et c’est toute la stratégie israélienne qui s’écroule : la force militaire ne peut rien contre un mouvement de guérilla, composé de fanatiques de leur cause. Et ils peuvent bien continuer à détruire tous les ponts du pays, les islamistes amèneront leurs missiles sur leur dos et les balanceront à coup de pied sur la Palestine occupée.

Allez, bonne semaine à vous. Au fait, l’OL est déjà en tête du championnat…

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vendredi, août 04, 2006

Chronique ordinaire N. 10

10

Bon, réveil brutal ce matin… 7h, quatre fortes explosions, suivies de 2 autres 30 minutes plus tard… On s’y attendait, faut dire, vu les fanfaronnades de Nasrallah à la télé la veille. Le Olmert, il n’a pas beaucoup apprécié se faire traiter de crétin par « l’honorable » barbu en direct devant des millions de téléspectateurs. Du coup, nuit de feu à Beyrouth et ce matin, 3 ponts détruits à Jounieh, Maameltein et à Batroun. Pas des petits ponts en fait, mais des ponts autoroutiers sur le plus grand axe libanais, celui qui relie Tripoli au nord à Beyrouth. C’est même un peu culotté de frapper cette route à 7h du mat, car tous les gens qui descendent à Beyrouth passent par là le matin. Heureusement, il ne semble pas y avoir de victimes… grosse chance, si c’est le cas.

Alors, que penser ? Hier soir, nous étions plutôt confiants, avant l’intervention du cheikh du parti de Dieu. Les français semblaient avoir persuadé les ricains de régler le problème politiquement avant d’envoyer une force d’interposition. Les juifs semblaient avancer confortablement sur 4 axes au Sud. Ca sentait la fin. Et puis, l’intégriste pileux est apparu en plein milieu des nouvelles, sans s’annoncer. Comme les martiens pendant le discours de Nicholson dans Mars Attack ! Pas besoin de traduction pourtant, juste écouter le ton et regarder les yeux. Voix douce, sûre, termes précis : c’était clair que le type était en forme et que son discours allait faire mal. Résultat des courses : ce matin, c’est l’enfer. Pendant que je vous écris, je vois à la télé de nouvelles destructions : une centrale électrique dans la Bekaa, un pont plus au nord de Beyrouth à Halate. Voilà ce qui se passe quand on excite l’hébreu. On raconte cette histoire : deux pilotes de F16 de tsahal discutent : l’un dit : t’es en vacances ce week-end ? L’autre : Non, je fais le pont…

On se demande maintenant ce qu’il va se passer : visiblement, la solution diplomatique se heurte à deux conceptions fondamentales : les français pensent que la paix s’obtient par le droit, c'est-à-dire supprimer les causes de la frustration des mécontents, pour ne plus leur donner de raisons de se révolter. Les américains pensent, eux, que la paix ne peut s’imposer que par la force : il y a paix quand un des deux protagonistes est plus fort que l’autre. Et c’est ce qui se passe maintenant : les USA veulent imposer une sorte de force de dissuasion occidentale, qui assoira la victoire militaire israélienne. Le problème, c’est que celle-ci tarde à venir, d’où le refus des USA de demander un cessez-le-feu. Le déséquilibre des forces en présence n’est pas encore suffisamment favorable à Israël pour l’instant. Les français appuient de leur côté le plan de Siniora, notre premier ministre, plan accepté par toutes les parties religieuses et politiques au Liban (à l’exception de quelques marginaux comme les pro-syriens emmenés par Michel Aoun). Ce plan redonne au Liban son droit et supprime les raisons de la résistance. Mais il demande de fortes concessions à Israël, comme de se retirer des fermes de Chebaa, ou de libérer les prisonniers. Ces concessions seraient perçues comme des victoires pour la résistance islamique, ce qui apparaît inacceptable pour les hébreux. Là où les américains se trompent, et ils se trompent souvent (VietNam, Iraq, Afghanistan…), c’est que les islamistes n’en ont rien à faire de l’équilibre de ta terreur ou de l’imposition des conditions de la force. Jusqu’au denier, ils combattront, ils sont prêts à y passer 100 ans, de toute façon, le droit est de leur côté, et Dieu aussi. Et ça, ça ne s’empêche pas. Ni par la force, ni par l’argent… Quoique l’argent…

Donc, nous sommes dans l’impasse. Ici les gens commencent vraiment à en avoir marre. Les conditions de vie deviennent impossibles, pas tellement les conditions matérielles, mais plutôt cette sensation que plus rien n’est possible, que sortir de chez soi devient un geste irresponsable et que notre vie est en jeu à chaque visite à l’épicerie. Ma belle-sœur avait supplié son mari de l’emmener manger dans un petit resto mexicain à Jbeil, juste en face de là où j’ai célébré mon mariage. Ben voilà, la route est détruite. Mon autre belle-sœur devait rejoindre sa maison de vacances à Feghal, un petit village au dessus de Batroun. Et poum le pont pour y aller. Nous resterons donc tous à la montagne… Jusqu’à quand ?
Hier, je suis descendu à Beyrouth pour corriger des examens de rattrapage pour 3 étudiants. 7,8, 10, c’était pas fort. Je me suis demandé si j’allais encore avoir ces crétins l’an prochain en classe. Puis, je me suis dit : quelle classe ? Comment imaginer une rentrée dans ces conditions ? Le pays est découpé en petits morceaux. Personne ne peut se déplacer. La rentrée est prévue pour le 18 septembre. Y’a visiblement peu de chance qu’elle ait lieu à cette date. M’enfin.

Voilà, les nouvelles ne sont pas géniales aujourd’hui. Le pire. C’est que le championnat commence ce soir et il est hors de question d’aller à Beyrouth pour écouter Canal+. J’espère qu’une télé arabe va donner le match… ;-)
Bon, je dois écrire un article pour le site de mon frère, www.lesbleus.com. Allez-y pour rire des conneries qui y sont dites ou pour gagner des milliers de cadeaux en pronostiquant les matchs de championnat de Ligue 1.

La bise,

Stef

mercredi, août 02, 2006

Chronique ordinaire 9

Me revoilà, c’est mercredi matin, à la montagne… J’ai acheté un puzzle à ma femme pour qu’elle me laisse jouer sans grogner à la playstation. 1000 pièces, des raies manta vertes émeraude dans un lagon vert émeraude, devant un ciel bleu émeraude. Ca devrait l’occuper jusqu`à la fin de l’occupation. L’avantage des puzzles, c’est que tu n’as pas besoin d’électricité. Ca devient problématique l’énergie ici, plus d’essence, des files d’attente de 50 bagnoles à chaque station, et une électricité plus qu’erratique. Faut dire qu’avant la guerre, ce n’était déjà pas génial, le Liban ayant le plus fort taux de perte technique au monde, 30% de l’électricité produite était perdue entre l’usine et le consommateur. Un journaliste avait même employé le terme ANPE « Agence nationale pour l’électricité » pour désigner l’EDL, l’EDF locale, tellement cette officine de l’état était devenue un repaire de faux emplois et de faux salaires pour des moules à gaufre qui aujourd’hui nous obligent à les encourager dans leur bataille avec les hébreux au nom de la dignité du Liban… Elle ne valait pas cher la dignité du Liban quand 50000 pouilleux de syriens campaient dans la Békaa et barbotaient en toute liberté dans les caisses de l’état libanais. Drôle que la première usine bombardée par I. ait été celle de Liban Lait, pour un pays qui a servi de mamelle à sa sœur syrienne pendant 30 ans !!!
Oublions les vaches et revenons à nos moutons : pas d’électricité, donc recours aux générateurs… à essence. Le voisin, ici, un patriote, a décidé d’augmenter le prix d’accès à sa petite centrale nucléaire, tout en diminuant le nombre d’Ampère fournis. Résultat, on n’a même pas de quoi alimenter en électricité notre frigo. Donc, mon beau-père a pété les plombs et a acheté une centrale atomique pour lui tout seul. Deux m2 de puissance pure et le même bruit que ma 318, modèle 93, sans pot d’échappement. Ca couvre le bruit des avions et des drones, c’est cool… Et puis, je peux jouer à la playstation sans avoir à supporter le bip-bip des onduleurs.

Je suis descendu au bureau hier, c’est cool, l’université est devenu un dépôt de bouffe pour les réfugiés. Faut bien que les chrétiens se donnent bonne conscience. Donc, une armée de bras trie huile, riz, pâtes, matelas, couches pampers, pour distribuer aux réfugiés. Bravo. Ca vient de Dubai, il parait et aussi des saoudiens. Et l’Université a prêté les locaux pour entreposer. J’ai même vu des sortes de tubes de fromage process à tartiner, genre dentifrice à la vachkiri. Beurk. J’voudrais pas être réfugié…

Autre histoire à vous raconter : j’étais sur le balcon hier et nouveau ballet de F16. Ca ressemble plutôt à Wagner que Stravinski, d’ailleurs. Rami, mon petit garçon de 3 ans, me dit : « Papa, les avions des méchants, ils ne vont pas casser notre maison de Beyrouth, hein ? ». Comment il a su ça, je n’en sais rien, mais visiblement les images à la télé, en boucle, finissent par faire leur chemin dans la tête des enfants. Et ils se font leurs histoires… Je lui ai expliqué que non, ils ne vont pas casser notre maison. Et j’ai décidé de ne plus le laisser regarder les nouvelles. Par contre, dimanche on a regardé ensemble le match de l’OL. Et quand Diarra a marqué le dernier penalty, il a crié but avant moi !!! Il y a des choses que je préfère qu’il comprenne vite.

Je vous avais promis des conseils de lecture pour l’été. Moi, je lis un livre sur des gens intelligents qui utilisent leur cerveau pour faire gagner la guerre à leur pays : le livre s’appelle Enigma, l’auteur c’est Robert Harris, celui qui a écrit fatherland et Archangel – à conseiller également. Ca raconte l’histoire d’un type qui travaille au déchiffrement des codes secrets de communication des boches pendant la 2ww. C’est passionnant. Il y a des phrases amusantes dedans : cette citation de Ciceron : Nervos Belli, Pecuniam Infinitam. Cette petite comptine : En cherchant un clou pour son sabot, le cheval s’est perdu, en cherchant son cheval, le cavalier s’est perdu, en cherchant son cavalier, la cavalerie s’est perdue, en cherchant sa cavalerie, l’armée s’est perdue, en perdant son armée, le pays a perdu la guerre et tout ça pour un pauvre clou rouillé… A méditer par nos super stratèges barbus.
Aussi, cette pensée : « Le diable de la guerre réside dans les détails, dans ce millier de petites humiliations quotidiennes, comme ne pas avoir suffisamment de papier toilette ou de savon ou d’allumettes ou de vêtements propres. Les civils britanniques ont été appauvris et ils sentent maintenant mauvais, c’est la vérité. Les odeurs corporelles flottent au dessus des îles britanniques comme un brouillard âcre et nauséabond. » Dans une certaine mesure, on ressent cela ici. Mais rassurez-vous, on se lave encore tous les jours… Enfin pas tous les libanais. Hier, une équipe de télé a pu accéder à un village rasé de prêt au Sud, ils ont mis dans leur jeep un vieux monsieur de au moins 200 ans, qui n’avait ni mangé, ni pris de bain depuis une semaine… Il pleurait de joie comme un enfant que quelqu’un soit venu le chercher.

Je ne sais plus ce qu’il va se passer maintenant : on vit au rythme des déclarations de faux culs des américains et de Olmert qui disent paix un jour et vomissent avec la même bouche leurs bombes sur le Sud. On écoute les barbus nous raconter leurs histoires de 50 soldats enlevés et de milliers de missiles balistiques intercontinentaux braqués sur Jérusalem. Un jour c’est la guerre atomique, le lendemain c’est la paix pour 100 ans. J’ai amené des DVD, ça évite d’écouter la télé. Je relis mes Titeuf aussi, j’écoute The Divine Comedy et les Red Hot Chili Peppers. C’est devenu la routine, cette guerre de merde qui me gâche mes vacances.

Chronique ordinaire 8

Et oui, la chronique reprend le bombardement, en même temps que les F16 davido-étoilés. Pourquoi cette trêve ? Simplement pour respecter le deuil des 50 victimes innocentes du massacre de Cana 2 – le retour du fils de la vengeance. C’est drôle quand même, cette bourgade de Cana, surtout connue dans les guides touristiques pour ses jarres en terre dans lesquelles selon la légende, euh, pardon, la Bible, Jésus aurait transformé, sous les yeux médusés de sa mère porteuse, une bouteille d’Apolinaris en du Kiravi cuvée 0010. Mais depuis ce tour de passe-passe digne de Garcimore, Cana s’est surtout distinguée dans l’épandage de sang chiite et la production d’images choc qui n’ont d’équivalent que le poids des mots de Douste Blazy devant l’ambassadeur d’Iran. Oui, il pleut des bombes à Cana, tous les 10 ans… 96, 06. Et le monde terrifié devant tellement de violence exprime sa consternation, son choc, sa détermination à mettre tous les moyens en œuvre pour que ce genre de carnage ne se reproduise plus jamais. Les représentants de nos leaders exaspérés par tant de haine se réunissent pour condamner de la façon la plus forte ce crime odieux. Et puis arrive Bolton, qui postillonne dans sa moustache que Israël est une puissance divine qui prépare la guerre finale contre le monstre immonde de l’Armaggedon et que la victoire du peuple juif sur les terroristes annonce le retour du Messie sur Terre. (Voir à ce sujet le livre de Stefen Sizer « Christian Zionists ».) Du coup, nos diplomates se transforment en petits moutons des montagnes et leurs épées brandies au nom du droit international se transforment en zizis mous de Materazzi. Tiens, à ce propos, la guerre, c’est la faute à Trézéguet : chaque fois que l’Italie gagne la Coupe du Monde, Israël entre au Liban.

Alors ce massacre ? Ben, le truc classique : un ‘asset’ de Hezbollah, dixit l’état major israélien, positionné à 10m d’une maison dans laquelle on a regroupé tous les inutiles du village, c'est-à-dire ceux qui ne combattent pas l’ennemi sioniste. Tsahal, dans sa subtilité habituelle, on va y revenir, arrose le coin de bombes de 2 tonnes chacune. Imaginez 2 voitures lancées du ciel, pleines de napalm, de c4, et autres sucreries explosives, qui tombent sur un 3 étages construit avec toute la finesse d’un ouvrier syrien. Ajoutez 25 enfants handicapés, une dizaine de pauvres femmes abandonnées par leurs résistants de maris, une douzaine de vieux inaptes au combat et vous avez la recette idéale du carnage parfait. Pourtant quand 100 personnes meurent dans la même journée à des endroits différents, on parle d’une journée sanglante. S’ils meurent au même endroit, c’est un carnage. Quand un missile tombe sur Haïfa, c’est un acte terroriste, quand un missile tombe sur la banlieue sud de Beyrouth, c’est une riposte disproportionnée. Apprenez le langage des journalistes, c’est édifiant !!!
Bon, je dérive : revenons à Cana : les israéliens, menacés dans leur chair par un asset du Hezb décident de nettoyer le quartier au Karscher. Résultats : carnage. Pourtant, si cet asset est un missile du Hezb, pointé sur Haïfa, le carnage aurait pu avoir lieu ailleurs… C’eût été pire : on aurait parlé de terrorisme monstrueux et alors là, Bolton aurait certainement écrit la pire des condamnations. Mais finalement, Tsahal a fait le ménage et ils ont frappé tellement fort, qu’on n’a même pas retrouvé l’asset du Hezb. Ils ont bien essayé de nous le dessiner au Photoshop, mais depuis l’affaire des camions d’armes chimiques en Iraq, les membres du Conseil de sécurité (comprenez la sécurité d’Israël) aux Nations Unies ne se font plus avoir. Alors, résultat des courses : 1 jour de deuil, une résolution de l’Onu plus édulcorée qu’une grenadine de chez Géant et des familles qui pleurent, qui pleurent, qui pleurent. Mais comme dirait quelqu’un que je connais toujours bien : ce sont eux qui ont voulu cette guerre…

Depuis, contrairement à ce que l’on pourrait penser, ce n’est pas du tout le calme plat. Cet arrêt des bombardement, offert par Olmert comme un cadeau à Condoléance Rice, est une aubaine pour Israël : ils sont en train de vider le Sud Liban. Au sens propre du terme. On parle de 900000 déplacés. Il n’y a plus personne… Dans les années 30, on aurait appelé cela un pogrom, dans les années 40, un holocauste, dans les années 80 un génocide, dans les années 90, un nettoyage ethnique. Mais au 21ème siècle, c’est simplement une zone tampon qui assure la sécurité militaire du nord de la Galilée. Israël est en train de créer un no man’s land de 5km de large et de 50km de long. Israël rase des dizaines de villages, dans lesquels les gens ne pourront plus revenir. Comme en 48. Plus de 350 villages arabes ont été évacués, puis rasés par les milices juives sionistes de l’époque. Ils ne sont même plus indiqués sur les cartes. On va donc se retrouver avec presque 1 million de réfugiés à Saïda et à Beyrouth, dont personne ne sait quoi faire, à 2 mois de l’hiver. Mais ça, ce n’est pas le problème de Tsahal. M’enfin.

Et maintenant ? Ben en fait, il se passe plein de trucs : hier soir, on a entendu des hélicos passer très souvent au dessus de notre tête. Et de matin, on a su que les commandos de Tsahal ont capturé des cadres du Hezb cachés dans un hôpital de Baalbeck. Ils y étaient mal soignés parait-il !!! Ils seront en tous cas plus en sécurité en Israël !!! Ca commence d’ailleurs à faire un peu X files ici : tout le monde voit des commandos parachutés dans son jardin et que je te retrouve des boîtes de conserve kasher par ici, que je te retrouve des cartouches tsahaliennes par là. Il y a même un berger qui a disparu en pleine montagne enlevé par des forces de l’ombre… Ouhouh… Les drones en carton survolent la nuit dans un bruit de grosse libellule enrhumée, les apaches bourdonnent tout feux éteints entre Pegasus et Cassiopée. Hier soir, j’ai vu un Apache lâcher des contres mesures magnétiques (et oui, j’ai lu tout Buck Danny, moi !) juste au dessus de la maison de vacances de feu Rafiq Hariri à Faqra. Hariri avait-il ses propres défenses anti-aériennes ? Tout devient très étrange dans cette guerre.

Je voulais finir cette chronique par une petite réflexion sur les israéliens… Pourquoi sont-ils aussi brutaux et sans pitié ? Je crois que cela vient de la nature même de leur pays : ils sont entourés de 300 millions d’arabes qui n’ont pas vu d’un très bon œil l’installation sur les terres arabes, par la force, de 50000 boudineux et de leurs familles de 45 gosses dans des baraques de chantier. Surtout que ces baraques se transforment vite en club Med préfabriqués grâce aux taxes des contribuables américains. Les taxes de français, elles, ont surtout été utilisées pour aider les sionistes à s’équiper de la seule bombinette atomique au Moyen orient. Donc, les israéliens ont une certaine tendance à l’angoisse existentielle. Et chaque fois que leur ersatz de pays est menacé, cette angoisse de la disparition, cultivée par la mémoire de l’holocauste nazi (dans lequel les arabes n’ont absolument rien à voir), transforme de gentilles étudiantes en théologie de Tel Aviv en machines à casser du musulman. « Si c’est pas eux, c’est nous, pensent-elles », ces charmantes émules de Golda Meir. Du coup, la fin justifie les moyens, et les moyens, ils les ont, grâce à la gentillesse de leurs amis américains et français, surtout. Et comme le droit international de s’applique ni à Israël, ni aux USA, rien ne sert de gémir, il faut frapper à point (Sorry, Jean). Voilà pourquoi, à mon humble avis, Israël lave plus blanc. Faut juste dire qu’en face, les dictateurs arabes ne font rien pour arranger leur cause. Quand ils ne se battent pas entre eux, ils génocident leurs propres gens, forcent barbe et Coran aux impies et maintiennent leur population à un niveau de développement qui n’autorise que la reproduction à des fins de fourniture militaire. Quand un pays comme le Liban paye 30% de son PIB en salaires à ses militaires retraités… alors que son armée n’a servi depuis 30 ans qu’à cirer les pompes des armées arabes occupantes. Classe.

Allez, la suite bientôt…

vendredi, juillet 28, 2006

Chronique ordinaire N°7

Me revoilà encore, (vous dites si je vous saoule, ok ?)

Bon, comme disait Bashung, aujourd’hui c’est vendredi et je voudrais bien qu’on m’aime. Justement, je vais vous raconter quelques petites histoires drôles, en plus des deux petits jeux que vous avez précédemment reçus.

D’abord, l’histoire de ce matin : à la LBC, la télé locale, il y avait un égyptien dont j’ai oublié le nom, mais pas le titre (m3alem strategia, le Monsieur de la Stratégie), qui donnait sa version des faits militaires du conflit en cours : carte à la main, ce brave homme nous a expliqué que le Liban est truffé en souterrain de villes immenses et de tunnels qui relient les 4 centres principaux d’activité résistante, Bint Jbeil, la banlieue sud de Beyrouth, Baalback et le Akkar. Et c’est pourquoi le parti de Dieu (Hezb Allah) peut se déplacer et acheminer des armes sans problèmes. Yeah, right. Il parait qu’ils ont une base sur Mars aussi. Et des sous-marins invisibles. Et que 10000 vierges les attendent au paradis s’ils meurent en martyrs. En tout cas, si c’est vrai, on aura un métro tout prêt quand la guerre sera finie. Et pas besoin de reconstruire les ponts ! M’enfin…

Autre truc : les évacuations de l’Ambassade de France : une source bien informée m’a expliqué que les évacuations ont fait l’objet d’un véritable trafic à la libanaise : bakhchich, trafic de faux papiers, passe-droits, faux réfugiés, fausses nationalités, 4000 dossiers de résidents qui disparaissent, des insultes au téléphone (genre ce n’est pas le club Med ici !) données à des gens sous les bombes au Sud, enfin, la classique quoi. Du coup, ils ont viré le Consul mardi dernier pour le remplacer par un autre qui s’appelle… M. Perdu !!! Ahahahhaa, trop mortel drôle !!!!!

Encore un truc sympa que j’ai vu ce matin : tous les camions remorques roulent avec les portes arrières de la remorque ouverte. C’est franchement idiot, car les missiles viennent d’en haut et pas de derrière… en plus, avec les portes ouvertes, à chaque accélération, ils perdent des trucs qui tombent sur les bagnoles qui suivent.

Tiens, il n’y a plus d’essence au fait. J’ai fait le plein ce matin, bien joué. Je deviens un super débrouillard de la guerre. Par contre, finie les brioches au chocolat de chez Paul. Plus de chocolat, qu’elle m’a dit la dame.

Parlons de choses sérieuses : nous commençons à franchement nous ennuyer ici. Ma femme, mon héritier et moi devions partir le 10 août, pour Prague, puis Vienne, puis Berlin. Manque de bol, les barbus et les boudineux se foutent sur la gueule en pleine chaleur. Du coup, la piste A de l’aéroport international Rafik Hariri (que Dieu ait son âme et que les 10000 vierges aient le reste) est trouée comme une meule d’emmental (ou, le gruyère n’a pas de trous, je le rappelle, c’est l’emmental qui en a). Alors pas d’avion. Pour quitter le Liban, sans avoir trop l’air de partir en vacances et d’oublier vos amis qui souffrent, vous avez le choix :

- prendre le taxi jusqu’à l’aéroport de Damas : 300 dollars par personne.
- Prendre le bus jusqu’en Turquie : 400 dollars par personne.
- Faire le réfugié et prendre le destroyer de la Marine nationale française : gratuit.

*Il y a des choses que l’argent peut acheter, pour le reste, il y a ConsulatCard, la carte qui vous emmène gratos à Chypre.*

Donc, on va essayer. Mi-août… En espérant que tout va s’arranger d’ici là ! Ahahahahaha !!!

Encore plus sérieusement, je trouve dégueulasse que tout le monde parle de cette histoire de bigot américain qui a pris de la poudre à gonfler les testicules pour gagner le Tour de France, alors que tout le monde se fout du fait que la FFF a obligé l’OL à jouer son premier match le 4 août, alors que 9 des 11 titulaires sont encore en vacances ! Y’a vraiment trop d’injustice sur Terre !!!!!!

Bises, à lundi, voire mardi. Inch’allah.

Stef

Chronique ordinaire N°6

(Avant toute chose, merci à toutes les personnes qui nous envoient des messages de soutien et surtout des preuves de compréhension pour cette tragédie qui se déroule de chaque côté de la frontière libano israélienne. Ca nous touche beaucoup et merci de continuer !!!!



Pour ceux qui ont raté les 5 épisodes précédents de cette chronique, allez sur www.stefanbazan.com/blog pour les retrouver. Tiens, à ce propos, le journal de Postdam (Märkische Allgemeine Zeitung), en Allemagne, va publier la chronique ! Je suis maintenant un vrai « embedded reporter » ! Merci Uli.)



Bon, jeudi matin… Y’avait pas de chronique hier, car je ne suis descendu à Beyrouth. Mais me voilà de nouveau à mon poste… Je fais un peu la gueule ce matin, car le spectacle de Rome, hier (la conférence internationale), m’a franchement déçu. Je m’attendais quand même à un appel au cessez-le-feu, mais visiblement, comme ça se passe mal sur le terrain pour les hébreux, je crois que Condie a décidé d’attendre un peu. Cette histoire, moi, ça me rappelle les trucs de divorces à la cour : d’abord le couple se fout des baffes. Ensuite, il en parle à ses amis, qui se réunissent et essayent de trouver une solution pour que les baffes arrêtent. Les solutions sont trop difficiles à atteindre, alors on attend de voir si quelqu’un va gagner le concours de baffes. Pendant ce temps, les amis se parlent et comme personne ne gagne le concours de baffes, on commence à envisager une solution négociée. On évalue les « assets » de chacun et on rapproche les points de vue. Et puis finalement, comme personne n’a intérêt à perdre, tout le monde finit par récupérer un peu quelque chose à la fin. Soit la télé, soit les gosses pour les moins chanceux.



C’est un peu comme ça que ça se passe ici : aujourd’hui, les diplomates essaient de voir comment on peut mettre fin aux baffes sans que ni l’un ni l’autre ne sente qu’il a tout perdu. Les hébreux devront forcément admettre qu’ils ne peuvent pas raser tous les barbus de la planète. Même avec un rasoir atomique. Les barbus, eux, devront accepter d’abandonner leur recours exclusif aux baffes et faire place à l’état libanais. Et c’est dans ce contexte que l’intervention du PM libanais hier, Fouad Siniora, m’a semblée particulièrement géniale : il a élaboré un plan où personne ne perd et à même parlé de sécurité pour Israël, ce qui est assez rare dans la bouche d’un arabe. Même si celui-là ne porte pas la barbe.



Le problème, aujourd’hui, c’est surtout de savoir qui va payer l’addition politique, ici, au Liban. Hier, il y avait à la télé un débat entre des jeunes universitaires, la plupart diplômés en gestion, ici on dit MBA, de toutes confessions et de toutes orientations politiques. Passionnant. Je n’ai pas tout compris, mon arabe étant encore assez limité, et Myriam n’ayant pas forcément envie de traduire tout le temps. Mais bon, j’ai un peu suivi. Premier constat : c’est assez rare pour être noté, un pays arabe propose par le canal de diffusion national (télé hertzienne), un vrai débat, où tout a été dit, où tout est sorti. Ca fait du bien, quand on connaît l’état de liberté d’expression des « démocraties » arabes. Par contre, le niveau du débat était affligeant et tous ces braves gens se sont proprement insultés. D’abord parce que leurs convictions sont fortement influencées par leur religion, la région où ils habitent et évidemment, leur sensibilité politique. Il y avait d’un côté les « 14 mars », principalement sunnites, druzes et chrétiens et de l’autre côté les « 8 mars », chiites, pro-syriens et chrétiens proches de Michel Aoun et Sleiman Frangié. C’est un peu à comparer avec les pour et les contre de la constitution européenne. Les ennemis de mes ennemis sont mes amis. Arlette et Le Pen du même côté. Mais bon. Le débat à tourné à la bataille rangée entre les chiites et les sunnites. Les uns vantant les méritent de mourir en martyrs, les autres soulignant qu’il y a d’autres choses dans la vie (opinion que je partage).



Or, c’est là où tout le bât blesse : pour une partie de la population, il est nécessaire, pour 40km de désert (les fermes de Chebaa, occupées par I. depuis 67) et quelques prisonniers (entre autre, un vaillant combattant qui a ravagé à la kalash un petit troquet de Haïfa, il y a au moins 20 ans) de sacrifier ses 12 enfants en bas âge, sa maison de briques et de broc, ses 3 femmes et sa Mercedes olive modèle 83. Pour une autre partie de la population, ce qui compte, c’est un Liban prospère, avec des enfants qui vont à l’université, des sous à la banque, des voyages dans les lupanars européens et un X5 flambant neuf. Et forcément, y’a débat. Et ce débat ne vient pas du conflit juifo-arabe, mais bien de l’histoire et de la fabrication du Liban. On ne peut pas vraiment parler d’une idée « nationale » libanaise. Ca n’existe que dans les fantasmes. Chaque village, chaque famille a ses propres valeurs ici, basées sur la religion, l’activité professionnelle ou les différentes influences extérieures issues de voyages temporaires ou d’installations à l’étranger. Même le cèdre, symbole national aux yeux des étrangers, ne fait pas l’unanimité ! Il n’y a pas de cèdre sur le drapeau du Hezb, par exemple. Et puis vous avez les divergences sur le plan de la société : pas de mariage civil pour les uns, la polygamie pour les autres, le crime d’honneur pour les uns, les droits des gays pour les autres. Rien ne colle.



Donc, je crois que le Liban est à la croisée des chemins. Il se doit de définir aujourd’hui un concept national, se demander : sommes-nous un terrain de jeu pour puissances internationales et allons-nous servir de chair à canon pour toutes les causes perdues (palestinienne, islamique…) – option 1, ou serons-nous un état de droit, fort, propriétaire de ses décisions politiques internes et externes – option 2 ? C’est le grand débat entre les « 8 mars » (option 1) et les « 14 mars (option 2) ». Le problème c’est que l’option 2, qui semble la plus « normale », est soutenue par les diables de l’administration Bush et les occidentaux en général. Donc, inacceptable pour les tenants de l’option 1, qui préfèrent la tutelle syro-iranienne. La grosse merde quoi.



Donc le Liban est au bord du suicide. Mais peut-on parler de suicide quand le coup de feu est tiré par quelqu’un d’autre ?



Sur un ton plus léger : hier, un ami de mon frère, un certain Mohsin qui travaille à RFI, a appelé sur mon cellulaire pour me demander un truc incroyable : il voulait interviewer une employée de maison (il y en a beaucoup ici) qui préfère rester au Liban, malgré la guerre, plutôt que de retourner dans son pays où il n’y a pas de travail. En fait, il voulait simplement enregistrer des phrases toutes prêtes, prononcées par une sri lankaise ou une philippine. Manque de bol, celle qui est chez ma belle-sœur est du Bangladesh et à chaque question de Mohsin, Myriam devait traduire en arabe, dicter la phrase à la pauvre fille et elle devait la dire dans le téléphone. Sauf que la fille ne voulait pas dire ce que Mohsin voulait… on a bien rigolé ! En fait, cette anecdote traduit bien la mentalité des journalistes qui ne veulent montrer que ce qu’ils pensent. Ils ont déjà leur sujet et ils ne filment que ce qu’ils veulent voir. C’est pourquoi tout le monde se plaint de la façon dont est couverte cette guerre : les journalistes ne vous montrent pas des gens normaux. Ils vous montrent des clichés, des trucs sans danger. L’arabe qui tient le bras de son fils en miettes et qui crie Allah Akbar et le pauvre colon juif, pur francophone, avec ses beaux livres et les boudins bondissants de sa petite famille, qui explique que les katiouchas le dérangent pendant la lecture quotidienne de sa Torah.



Allez, je finis avec la question qui tue : avez-vous déjà été victime du terrorisme ? Moi oui. Avant-hier soir. Nous étions sur le balcon à la montagne, en train de regarder la télé. Genre 21h. Avec les enfants (nous sommes 14 en tout dans la maison !). Tout à coup, un bruit sourd a déchiré le noir de la nuit étoilé des montagnes libanaises. Amplifié par les versants abruptes du Mont Sannine, la vibration terrible de 2, 3, 4 ? F16 israéliens, passant à quelques centaines de mètres de nos têtes, a fait fuir toute la famille à l’abri dans la maison. Cris des parents, cris des enfants qui ne comprennent rien. Tout le monde court, moi j’essaie de voir quelque chose. Rien. Juste du bruit, un bruit froid et sourd. Pas de lumières, pas de trace. Juste pour faire peur, juste pour obliger une petite famille à se dire que même elle, bien planquée dans sa montagne, n’est pas à l’abri de la colère du peuple juif. Ca doit être ça, la terreur. Avoir tout le temps peur, même si rien ne se passe. Brrrr.



Les avions sont repassés, à 3h50 du matin. J’ai vu que Rami dormait et Myriam aussi. J’ai mis mon oreiller sur ma tête en me disant qu’ils aillent se faire foutre. Le matin, Myriam m’a demandé : tu as entendu les avions cette nuit ? …. J



Bonne journée à tous et n’oubliez pas l’OL dimanche à 17h45 sur France 2 !!!

Chronique ordinaire N°5

Marhaba,



Bon, ça commence à tarder cette guerre. Au début, on trouvait cela comme un peu excitant, mais finalement, c’est vraiment nul. Les victimes atteignent un nombre insupportable et on ne voit toujours pas comment ça va tourner. Hier, on a eu Condie, ici, qui curieusement a serré la main de Berry, chef du parlement et terroriste notoire, entre autre responsable du détournement du Boeing de la TWA, dans les années 80. Résultat d’un entretien peu chaleureux : Rice nous a ressorti les vantardises israéliennes et Berry, malgré le massacre quotidien de son électorat principal, a ordonné des conditions aux USA !!! Ahahha, la bonne blague : des conditions aux USA. Faut dire qu’il avait, deux minutes avant, téléphoné à Téhéran et Damas pour savoir quoi répondre à la brunette de Washington. Or, le mignon Ahmadinejad et le non moins sympathique oculiste de Damas n’en ont rien à foutre de leurs « frères et sœurs martyrs » du Liban. Donc, on continue à tenir tête aux ricains et vive le carnage. Comme dirait quelqu’un que je connais bien : de toute façon, les chiites, y’en meurt 200, y’en naît 300…



C’est pourquoi je refuse de mettre tout sur la tête des hébreux. Ok, ce sont de sales racistes qui se prennent pour des rois du monde et qui font chier partout. Mais les musulmans arabes, c’est franchement pas des respectueux de leur populace non plus. Ca vote avec la botte dans le cul et ça meurt avec la Kalash au même endroit. Pendant ce temps, Nasrallah est bien planqué on ne sait où et il sourit à la caméra de Al Jazeera. Les roitelets arabes n’en ont non plus rien à foutre. Li bizness, mon frère, li bizness. Comme dans Tintin.



Moi, je suis écoeuré pour les pauvres gens qui croient en ces macaques et qui le paient de leur vie : pour la cause arabe, pour la Palestine éternelle, pour Jérusalem, pour les prisonniers ! Z’avez rien d’autre dans la vie ? Non ? Si : Hezbollah a attendu la fin du Mondial de Foot pour passer à l’action… Foot, sang et religion. Comment rendre 30% de la population libanaise débile. Et je ne vous dit pas le reste de la planète…



En plus, ces pauvres gens, va bien falloir en faire quelque chose, s’ils ne meurent pas tous. Il y en a 100000 dans les rues de Beyrouth. Vous savez, il peut neiger en hiver, ici. Comment vont-ils passer l’hiver ? Des rumeurs commencent à circuler que certains immeubles, dont les habitants ont fui, sont pris d’assaut par ceux dont les immeubles n’existent plus. Heureusement, ma voisine est tellement insupportable que même le pire combattant du Hezb ne tiendra pas 2 heures. (Ouais, vous avez salopé le paillasson avec vos bottes pleines de sang ! Ouais, vous avez rayé le mur de l’ascenseur avec votre kalash ! Ouais, ma fille ne dort plus à cause des katiouchas que vous tirez du balcon…).



M’enfin. Ah aussi un truc ignoble que je dois vous raconter : hier, l’air conditionné du bureau ne marchait pas. Donc, on a ouvert les fenêtres car il faisait 28 dans le bureau : or, ce matin, mon ordi et ma table sont couverts de petits morceaux de cendre noire… Brrr, ici, c’est peut-être un bout de bras ou alors des cheveux… C’est vraiment glauque. Je prends mon bain en arrivant à la maison, c’est sûr.



Et je vous embrasse bien fort, tous. Les français, faites bien attention à la canicule ! J

Chronique ordinaire N°4

Coucou, c’est moi de nouveau…



Ben voilà, ce qui devrait arriver est arrivé : nos chers boss ont décidé que fini de rigoler, tout le monde retourne au bureau… Donc, je suis maintenant de nouveau à Beyrouth de 8 à 2, tous les jours… Comme ça, je peux vous écrire plus souvent et voir les bombes de plus prêt… Cool !

Myriam et Rami sont restés au nid d’aigle, avec les autres. Tout le monde va bien.



Bon, nous en sommes maintenant à la deuxième phase de cette guerre débile : les I. sont entrés sur le sol et ça se bat au corps à corps au Sud. Et visiblement, les I. ont bien du mal à avancer, ce qui prouve encore une fois que la puissance militaire n’a pas tellement de sens quand on lutte contre les guérillas, cf Vietnam, Afghanistan, Iraq, etc. Mais bon, c’est du direct live à la télé et on se croirait dans un jeu vidéo. D’ailleurs en parlant de ça, on m’a passé un jeu sur PS2 l’autre jour et je l’ai essayé ce week-end. Ca s’appelle SOCOM. Un truc de guerre avec des GI’s. Ca m’a tué ce jeu : tous les méchants parlent arabe, dès qu’un méchant est blessé il crie Allah wa akbar, il y a même des attaques suicides menées par des hommes en habits religieux musulmans. Et il paraît que 90% des jeunes américains ont joué à ce jeu… sans aucune explication ni rien. C’est effrayant les clichés que cela véhicule !!!! Par contre, on fait des problèmes à Rockstar pour GTA5 dans lequel il suffit (!!!) de démonter sa PS2, changer un bit d’information sur le disque (???), pour accéder après des heures de re-programmation à une pauvre scène XXX à moitié finie et où on ne voit rien. Même la femme Clinton (qui pourtant devrait un peu mieux apprendre à traiter son mari) en a fait toute une affaire… Ils sont nuls ces ricains.



Bon, tout ça n’a pas rapport avec mon histoire. Quoique. Si on faisait un peu plus l’amour et un peu moins la guerre. Juste quand je vous dis ça, les avions passent au dessus de ma tête. Pas encore de boum ce matin, tout est calme à Beyrouth. Samedi, quand on a entendu que des bombes sont tombées à côté de notre maison à Hadath, nous sommes descendu d’urgence avec Mima pour faire un truc qui, maintenant, me parait surréaliste : nous sommes allés à la maison et nous avons décroché tous les tableaux et les miroirs, pour les poser sur les matelas des lits. Mon beau-père, qui est expert en guerre, nous a conseillé de les cacher dans les salles de bain, qui généralement sont les parties des maisons qui résistent le mieux (???). Voilà, c’est fait. Aux chiottes Bilal et Kandinski… Ah oui, aussi, on a laissé les vitres légèrement ouvertes, car en cas de souffle de l’explosion, les vitres ont moins de chance de casser. On apprend tous les jours.



Un autre truc assez stressant : quand on roule en voiture, on a l’impression que quelque chose nous survole tout le temps, comme une espèce d’œil géant qui voit tout et suit tout. Des gens roulent avec des t-shirts blancs accrochés à la fenêtre de l’auto, comme pour dire qu’ils ne sont pas des « hostiles ». Si j’étais du Hezb, je mettrais un t-shirt blanc sur tous mes transports d’armes, c’est sûr, ça marche.

En fait, ce sentiment vient des photos satellites où on voit les gens courir autour de l’objectif avant l’arrivée du projectile. Autre chose aussi, cette histoire de bombe téléguidée… moi, quand je joue avec ma 206 rallye téléguidée, lorsque je ne vois plus la voiture, je ne peux plus la diriger, c’est normal. Donc les bombes téléguidées, elles, on peut les voir jusqu’à l’objectif final. Donc, ils peuvent voir partout. On ne peut plus pisser dehors tranquille… C’est trop stressant la guerre.



Samedi, je suis allé au supermarché. J’ai acheté une brioche olives noires et vertes de chez Kayser, vous savez, la boulangerie. La fille qui vendait était française de France, comme moi. Elle m’a dit un truc vrai : en fait, nous, les planqués de la guerre, ou plutôt les non-visés, on commence à se sentir trop coupables de ne rien avoir, genre des morts ou des destructions… Elle me disait que d’aller à la plage ou de sortir à Feraya le samedi soir, alors que des gens meurent sous les bombes à 10km, c’est indécent. Je lui ai répondu, avec mon cynisme habituel, que j’espérais que ça dure comme ça !!!! En fait, elle a raison : on voit les gens crever de faim ou crever tout court et nous, les chrétiens et les riches, on se goinfre comme des malades et on glande devant la télé. On a même bu une bouteille de Ksara 2002 hier, en l’honneur du Liban. Haïb ! Mais qu’est ce qu’on peut faire ? Samedi soir, à la télé, ils ont montré des chrétiens, ceux d’Aoun, qui aident des pauvres chiites. Je pense que tout le monde s’est senti mieux après, genre, woah, les chrétiens aident les pauvres chiites, donc on peut dormir tranquille. Et puis finalement, heureusement, deux chrétiens ont été blessés dans le bombardement des antennes de télé, et puis un est mort. Enfin ! L’honneur est sauf !



La grande question aujourd’hui, c’est : et après ? On a finalement compris que cette guerre était inutile et qu’on aurait pu tout régler en discutant. Mais c’est comme dans un couple : faut se disputer une bonne fois pour ensuite régler les problèmes. C’est comme le mal aux dents : on ne va pas chez le dentiste quand on n’a pas mal… Les I. vont nous refiler des 3 barbus qui pourrissent dans leurs geôles depuis 20 ans, déménager leur stations de ski des fermes de Chebaa et nous envoyer trois ou quatre lithuaniens de l’OTAN pour désarmer le Hezb. En échange, les barbus vont libérer les deux touristes israéliens planqués à Damas ou Téhéran depuis le 12 juillet, et se reconvertir dans l’humanitaire et le caritatif. Vu les besoins, ils sont sûrs de remporter les prochaines élections au Liban.



Ce matin, j’ai reçu un link vers un article écrit par un passionné des X-files et autres réseau Voltaire (genre le complot mondial sioniste dirigé par les USA qui utilisent des copies de Ben Laden pour faire exploser des missiles dans le Pentagone que c’est même pas vrai). Le type prend des bouts ici et là et nous explique que tout ça c’est un grand coup d’état contre le Liban pour asseoir un gouvernement pro Israël à Beyrouth et nous faire pousser des boudins devant les oreilles. Faut pas délirer.

J’ai répondu sur son blog que la haine se nourrit de la haine. Les juifs détestent les arabes et vice-versa. Les arabes sont maintenus par leurs barbus dans une culture du martyr et du sang et que de toute façon, tous leurs malheurs viennent des juifs et des ricains (jamais de leurs leaders nuls et despotiques et de leur incapacité à s’entendre entre eux) et que 10000 vierges attendent les candidats à l’explosion volontaire en café sioniste. Les gamins de 5 ans sont engagés dans le Jihad pour libérer Al Qods. De l’autre côté, les illuminés de Washington veulent répandre leur colonialisme économique et culturel aux masses arabes, pour les soustraire à l’influence de leur religion impie et les transformer en candidats à la star’ac ce qu’ils ont déjà réussi à faire avec les pompeurs de pétrole et autres roitelets du golfe. Et vous avez sûrement vu ces photos des jeunes israéliennes des colonies qui écrivent des messages sur les roquettes qui partent pour le Liban. C’est du 50/50. Et plus I. bombarde, plus les barbus encaissent des voix et des candidats à l’autobombe. C’est comme un énorme monstre qui grandit, grandit, grandit.



Et passent les ambulances…

Chronique ordinaire N°3

Bon, je vous avais promis ce matin mon point de vue sur la situation. Le voilà. Tout d’abord, il faut regarder la situation selon un angle plus large : the big picture comme disent les anglais… Occupation militaire de presque toute la Palestine, le Hamas au gouvernement à Gaza, l’Iran qui cherche à obtenir le droit de construire des armes atomiques (comme l’Inde, le Pakistan, ou Israël), la Syrie empêtrée dans l’enquête internationale sur la mort de Hariri et les USA noyés dans la guerre civile entre chiites et sunnites en Iraq. Au Liban, une transition démocratique totalement chaotique, du fait du maintien par de nombreux hommes politiques chrétiens et chiites de leurs liens avec l’ancien régime syrien. Une résolution de l’ONU, la 1559, qui demande le désarmement de toutes les milices – comprenez Hezbollah et les palestiniens et la prise de contrôle de tout le territoire libanais par l’armée. A savoir qu’après le retrait israélien de 2000, le sud Liban (une bande de territoire de 30 km de large le long de la frontière sud) est resté sous contrôle du Hezb. Aucun soldat libanais n’a le droit d’y pénétrer.

De plus, il y a des prisonniers libanais en Israël depuis plus de 20 ans et quelques 10000 prisonniers palestiniens.

Sans compter l’occupation par Tsahal d’un bout de territoire libanais, les fermes de Cheeba, aux confins de la Syrie et du Liban. Ce petit territoire est libanais, mais Damas refuse d’en reconnaître officiellement la libanité. Pour une raison très simple : si les fermes sont libanaises, elles tombent sous le coup de la résolution 425 de l’ONU et non plus la 242. La 242 demande le retrait du plateau du Golan, qui est syrien. Or, si Israël se retire de Cheeba, comme le veut la 425, il n’y a plus de raison pour le Liban de rester en guerre avec Israël, voire de raison à faire de la résistance, donc de raison pour Hezbollah d’exister. Or tout le monde sait que Hezbollah obéit à Damas et Téhéran, qui financent le mouvement à hauteur de 100 millions par an, principalement grâce à l’argent de la drogue d’Amérique du Sud et de diamants d’Afrique de l’Ouest. En contrepartie de sa main mise sur le sud Liban et la banlieue sud de Beyrouth, Hezbollah assure les services essentiels que l’état libanais ne peut pas fournir : santé, éducation, etc. C’est à la fois un parti politique qui a des ministres et des députés, une organisation sociale et religieuse et une armée de guérilla super équipée. Des gens adorables.

Ce qui s’est passé jeudi dernier, ne relève en aucun cas d’une stratégie libanaise. Bien au contraire… Les libanais en ont assez de ce parti tentaculaire, qui bloque toute la vie politique par ses menaces et qui empêche l’état de s’imposer. De plus, un chef chrétien, Michel Aoun s’est allié avec le Hezbollah pour faire tomber le gouvernement, qu’il juge trop proche des ambassades françaises et américaines. Depuis 10 mois, il est presque impossible pour le gouvernement de Fouad Siniora, l’héritier politique de Hariri, issu de la révolution du cèdre, de prendre la moindre décision politique… Pourtant, le Liban devait connaître un été merveilleux avec 2 millions de touristes attendus, 5% de croissance économique et surtout le dénouement de l’enquête Hariri… Trop pour Damas, qui n’a pas tellement apprécié de s’être fait jeter du Liban l’an dernier. Donc, Damas a donné l’ordre au Hezb de passer à l’action. Et je pense personnellement que nul ne s’attendait à une telle réaction des hébreux… Faut dire que le Hezb représente une vraie menace au Nord pour Israël et les roquettes qui tombent sur Haïfa ne sont pas des blagues.

Au–delà de cette réalité locale, il y a un jeu de dupes entre l’Iran et les USA… L’Iran rêve, depuis la chute de Saddam, de créer un croissant sunnite de Téhéran jusqu’à la Méditerranée. Avec comme objectif la suppression pure et simple de l’état d’Israël. Je crois que beaucoup de personnes oublient que l’objectif du Hamas et du Hezb, ce n’est pas seulement de libérer deux ou trois prisonniers, ni d’obtenir la libération de 3 bouts de cailloux à Chebaa. Leur objectif, c’est les juifs à la mer. Sans négociation. Pour eux, Israël n’a pas le droit à l’existence, tout simplement. D’où la réaction israélienne : ils luttent pour leur survie, avec comme seul moyen la force. Car on ne discute pas avec des mouvements dont le but est de vous détruire. Arafat, Bashar, Moubarak sont des gens avec qui Israël pouvait ou peut parler. Pas le Hamas et le Hezb.

Ce qui va se passer maintenant, c’est une intensification des combats.
Israël ne peut pas s’arrêter en chemin : cela signifierait la victoire pour le Hezb, malgré les morts et les destruction. De toute façon, le Hezb se nourrit de la frustration et de la pauvreté, comme toute organisation religieuse, et va donc profiter du support de toutes ces familles décimées ou à la rue, sans plus rien. Qui perd, gagne. Donc Israël voudra aller au bout, libérer ses soldats et détruire l’arsenal militaire du Hezb. Mais c’est une stratégie dangereuse, car les combats seront rudes, Tsahal va avoir beaucoup de pertes et les luttes contre les guérillas ne sont pas faciles, on le voit en Iraq.

Autre option, la diplomatie : là encore, c’est difficile, car les USA, qui bloquent les résolutions de l’ONU sur Israël, profitent de ce qui se passe : lutte contre le terrorisme à des fins de politique interne, vente d’armes et déstabilisation des rapports de force qui pour l’instant ne leur sont pas favorables. Oubliez la France et l’ONU, ils n’ont aucun poids ici.

Autre option : bombarder Damas. Avec le risque d’une riposte iranienne.
Trop lourd pour Israël, qui lutte déjà sur trois fronts.

Donc, nous sommes clairement dans une logique de jusqu’au boutisme, car celui qui baisse la tête perd tout. Si Israël échange ses soldats, Hezb sera encouragé pour en prendre d’autres. Si Hezb demande un cessez-le-feu et libère les soldats, ils apparaissent comme des idiots d’avoir déclenché tout ça pour rien. Si l’ONU intervient, ils feront la job des USA et du gouvernement libanais et s’opposeront forcément au Hezb, sans pouvoir pour autant obtenir un retrait de Chebaa de Tsahal et une libération des prisonniers.

La vérité, c’est qu’il s’agit du début de la fin ici au Proche Orient.
C’est la bataille finale qui commence et elle en se terminera que par la victoire de l’un et la défaite de l’autre.

L’autre vérité, c’est que les dizaines de milliards de destruction ne seront pas payés ni par Israël, ni par l’Iran, ni par la Syrie… peut-être un peu par l’Europe (vos impôts), sûrement beaucoup par les arabes. Les mêmes qui financent Ben Laden, qui bénéficient de la hausse des prix du pétrole et qui viennent en vacances skier au Liban. Les meilleurs amis de Bush et de Chirac. Ceux qui ont les sous…